L'historique du Landwehr Infanterie Regiment 111 contient un témoignage de Jakob Hollmann, un soldat arrivant en renfort pendant l'année 1916. Ce type de récit est plutôt rare dans ce genre de littérature très axée sur les faits d'armes. Il donne une vision assez saisissante d'un homme qui découvre la vie au quotidien des troupes affectées aux tranchées.

 

Voici une traduction libre d'un passage de ce témoignage :

 

« Enfin nous arrivons au poste de commandement du bataillon à Moos. Cet idiot d'ordonnance s'en va. Nous nous présentons : «  Halte ! Préparez vous ! Les yeux – à gauche ! » Le sous officier fait l'annonce. Le commandant du bataillon nous passe en revue. Je suis affecté à la 6ème compagnie. Une ordonnance de la sixième compagnie est déjà là, un magnifique soldat de première classe. Il nous conduit plus loin en montant dans la forêt et puis en descendant vers la vallée de la Largue. Le bataillon est stationné à droite de la route de Pfetterhouse. La sixième compagnie sur le côté droit. Le capitaine nous accueille. Il parle d'un ton calme et me fait une impression sympathique. J'ai interrogé en cours de route l'ordonnance. Il est garde forestier de rang supérieur (Oberförster). « Il est bon » La plupart des soldats et sous officiers sont barbus. Ils se tiennent nombreux autour de nous les nouveaux. « Les bleus sont arrivés » s'exclame l'un. J'entends un autre dire « Les recrues sont arrivées ». Bon sang ! Des bleus ! Des recrues ! Nous ne valons donc rien. Ils nous considèrent sûrement de moindre valeur. Et nous croyons que nous sommes de vrai soldats, les meilleurs renforts ! Ne sommes nous pas des hommes de 30 à 34 ans totalement formés. De ce fait nous pouvons endurer quelque chose.

 

Aujourd'hui, je suis dispensé de service. Dans l'abri d'une baraque en bois je range de côté le fusil et dépose le paquetage. On me teste. «  c'est un tout tendre ? (Papierne dans le texte original) » s'exprime un expert en genre humain. « Qu'est ce que tu es ? » « Soldat » «  Tu es un secrétaire, un instituteur ou au mieux un vendeur (Kofmich) ». Ce mot en argot veut dire vendeur. « Chercher le repas » crie quelqu'un à l'extérieur. En un instant, on m'a glissé dans les mains 5 autres gamelles qui s'ajoutent à la mienne, et maintenant, j'ai compris qu'elles symbolisaient l'équipe en place et qu'ils me considéraient comme la recrue à devoir former. Je ne me suis pas démonté et je ramenais le repas. La cuisine se trouvait à l'arrière à Moos. Au menu, petits pois et lard, très bon. Ainsi la guerre commençait avec l'ordre suivant : Chercher le repas !

 

L'officier-cuistot est grand et maigre. Il crie et n'embête pas les gens. Il me plaît.

 

« Ainsi, tu es un des nouveaux renforts » me dit-il. Cela m'a fait plaisir. « Renfort » a-t-il dit. Et non pas recrue. Je lui glisse deux cigares dans la main et les liens d'amitié entre nous étaient et resteront forts.

 

Je traîne ma charge vers l'avant. Le guerrier n'aime pas être dérangé pendant le repas. C'est une affaire importante. Dans la hutte, on n'entend que le bruit des fourchettes/cuillères pliables en fer dans la gamelle en tôle. Les ustensiles de cuisine sales sont posés en file indienne devant la porte. Il est tout à fait normal que la recrue fait la vaisselle. Je m'y attelle et après une demie heure tout le monde a des ustensiles propres.

 

Aux environs de 22 heures se couchent les hommes libres de garde sur un sommier de fil de fer, prêts au combat, sanglés, dans leurs manteaux, et aussi bottes aux pieds. Juste une couverture. Ils se couchent, ferment les yeux et ronflent. Comme des harengs ils sont couchés, serrés, se reposant tous sur le côté droit. Chacun a droit à un espace de 50 cm. Personne ne peut se coucher sur le dos, cela aurait pris trop de place. Personne n'a le droit de se tourner sinon le voisin se réveille et lui passe un savon.

 

Je ne me couche pas. Dormir dans une si petite baraque est toute une affaire. Sur la table une lampe à carbure qui sent mauvais, une toute petite fenêtre est fermée et occultée. La porte est aussi fermée. L'homme de garde fume la pipe, un horrible tabac. L'atmosphère est à couper au couteau. Pourtant les guerriers dorment et ronflent. Quand pourrais je m'habituer à cette situation ?

 

La nuit minuit. La garde change. Les hommes sont réveillés sans ménagement par l'homme de garde. Ils se frottent les yeux, prennent leurs fusils et se rendent à leurs postes pour la relève. Enfin il y a de la place. Je me couche dans un coin. Personne ne veut dormir ici ; car c'est l'endroit de toutes les courants d'air extérieurs à travers les interstices des murs en planches. Au milieu c'est moins confortable mais plus chaud. La garde relevée arrive. Les hommes déposent leurs fusils contre le mur, rampent sur les fils de fer, s'enroulent dans leur couverture et ronflent.

Mon Dieu, quels hommes. Si seulement j'étais déjà aussi endurci qu'eux. Trois semaines ont passé jusqu'à ce que j'ai réussi à me trouver dans un état de somnolence semblable au sommeil. C'est seulement après 6 semaines que j'ai pu me coucher et dormir comme les autres. Cela a été horrible jusqu'à que j'ai pu m'habituer. Je ne pouvais rien dire, surtout pas me plaindre. Et je suis devenu maigre, incroyablement maigre. La nourriture était suffisante et bonne mais six semaines sans réel sommeil ; c'est à devenir fou. Et pourtant je me sentais malgré tout en bonne santé. L'homme peut supporter bien des choses quand il le faut... ».

 

Jakob Hollmann in « Das Landwehr Infanterie Regiment 111 im Weltkrieg 1914 bis 1918 » von Hugo Huber Leutnant d.L.1 1937 Buchdruckerei Ernst Stiess Karlsruhe .

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