Les unités allemandes stationnées aux deux extrémités du front de l'ouest  (Largin pour l'extrémité gauche et Ostende pour l'extrémité droite) ont échangé des cartes de salutations ou de voeux au cours du conflit. Dans les historiques régimentaires, on trouve deux exemples de correspondance dont l'initiative revient aux unités stationnées au Kilomètre Zéro.

Dès décembre 1914, le Landwehr Infanterie Regiment 109 a adressé une carte à son homologue du Matrosen Regiment stationné dans les dunes des Flandres qui lui a répondu.

En décembre 1916, le Landwehr Infanterie Regiment 111 a envoyé des voeux de Noël par télégramme au corps de Marine stationné à l'autre extrémité. Voici le texte original extrait de l'historique du LIR 111  :

Weihnachtsfestgruss 1916 LIR 111

L'historique du Landwehr Infanterie Regiment 111 contient un témoignage de Jakob Hollmann, un soldat arrivant en renfort pendant l'année 1916. Ce type de récit est plutôt rare dans ce genre de littérature très axée sur les faits d'armes. Il donne une vision assez saisissante d'un homme qui découvre la vie au quotidien des troupes affectées aux tranchées.

 

Voici une traduction libre d'un passage de ce témoignage :

 

« Enfin nous arrivons au poste de commandement du bataillon à Moos. Cet idiot d'ordonnance s'en va. Nous nous présentons : «  Halte ! Préparez vous ! Les yeux – à gauche ! » Le sous officier fait l'annonce. Le commandant du bataillon nous passe en revue. Je suis affecté à la 6ème compagnie. Une ordonnance de la sixième compagnie est déjà là, un magnifique soldat de première classe. Il nous conduit plus loin en montant dans la forêt et puis en descendant vers la vallée de la Largue. Le bataillon est stationné à droite de la route de Pfetterhouse. La sixième compagnie sur le côté droit. Le capitaine nous accueille. Il parle d'un ton calme et me fait une impression sympathique. J'ai interrogé en cours de route l'ordonnance. Il est garde forestier de rang supérieur (Oberförster). « Il est bon » La plupart des soldats et sous officiers sont barbus. Ils se tiennent nombreux autour de nous les nouveaux. « Les bleus sont arrivés » s'exclame l'un. J'entends un autre dire « Les recrues sont arrivées ». Bon sang ! Des bleus ! Des recrues ! Nous ne valons donc rien. Ils nous considèrent sûrement de moindre valeur. Et nous croyons que nous sommes de vrai soldats, les meilleurs renforts ! Ne sommes nous pas des hommes de 30 à 34 ans totalement formés. De ce fait nous pouvons endurer quelque chose.

 

Aujourd'hui, je suis dispensé de service. Dans l'abri d'une baraque en bois je range de côté le fusil et dépose le paquetage. On me teste. «  c'est un tout tendre ? (Papierne dans le texte original) » s'exprime un expert en genre humain. « Qu'est ce que tu es ? » « Soldat » «  Tu es un secrétaire, un instituteur ou au mieux un vendeur (Kofmich) ». Ce mot en argot veut dire vendeur. « Chercher le repas » crie quelqu'un à l'extérieur. En un instant, on m'a glissé dans les mains 5 autres gamelles qui s'ajoutent à la mienne, et maintenant, j'ai compris qu'elles symbolisaient l'équipe en place et qu'ils me considéraient comme la recrue à devoir former. Je ne me suis pas démonté et je ramenais le repas. La cuisine se trouvait à l'arrière à Moos. Au menu, petits pois et lard, très bon. Ainsi la guerre commençait avec l'ordre suivant : Chercher le repas !

 

L'officier-cuistot est grand et maigre. Il crie et n'embête pas les gens. Il me plaît.

 

« Ainsi, tu es un des nouveaux renforts » me dit-il. Cela m'a fait plaisir. « Renfort » a-t-il dit. Et non pas recrue. Je lui glisse deux cigares dans la main et les liens d'amitié entre nous étaient et resteront forts.

 

Je traîne ma charge vers l'avant. Le guerrier n'aime pas être dérangé pendant le repas. C'est une affaire importante. Dans la hutte, on n'entend que le bruit des fourchettes/cuillères pliables en fer dans la gamelle en tôle. Les ustensiles de cuisine sales sont posés en file indienne devant la porte. Il est tout à fait normal que la recrue fait la vaisselle. Je m'y attelle et après une demie heure tout le monde a des ustensiles propres.

 

Aux environs de 22 heures se couchent les hommes libres de garde sur un sommier de fil de fer, prêts au combat, sanglés, dans leurs manteaux, et aussi bottes aux pieds. Juste une couverture. Ils se couchent, ferment les yeux et ronflent. Comme des harengs ils sont couchés, serrés, se reposant tous sur le côté droit. Chacun a droit à un espace de 50 cm. Personne ne peut se coucher sur le dos, cela aurait pris trop de place. Personne n'a le droit de se tourner sinon le voisin se réveille et lui passe un savon.

 

Je ne me couche pas. Dormir dans une si petite baraque est toute une affaire. Sur la table une lampe à carbure qui sent mauvais, une toute petite fenêtre est fermée et occultée. La porte est aussi fermée. L'homme de garde fume la pipe, un horrible tabac. L'atmosphère est à couper au couteau. Pourtant les guerriers dorment et ronflent. Quand pourrais je m'habituer à cette situation ?

 

La nuit minuit. La garde change. Les hommes sont réveillés sans ménagement par l'homme de garde. Ils se frottent les yeux, prennent leurs fusils et se rendent à leurs postes pour la relève. Enfin il y a de la place. Je me couche dans un coin. Personne ne veut dormir ici ; car c'est l'endroit de toutes les courants d'air extérieurs à travers les interstices des murs en planches. Au milieu c'est moins confortable mais plus chaud. La garde relevée arrive. Les hommes déposent leurs fusils contre le mur, rampent sur les fils de fer, s'enroulent dans leur couverture et ronflent.

Mon Dieu, quels hommes. Si seulement j'étais déjà aussi endurci qu'eux. Trois semaines ont passé jusqu'à ce que j'ai réussi à me trouver dans un état de somnolence semblable au sommeil. C'est seulement après 6 semaines que j'ai pu me coucher et dormir comme les autres. Cela a été horrible jusqu'à que j'ai pu m'habituer. Je ne pouvais rien dire, surtout pas me plaindre. Et je suis devenu maigre, incroyablement maigre. La nourriture était suffisante et bonne mais six semaines sans réel sommeil ; c'est à devenir fou. Et pourtant je me sentais malgré tout en bonne santé. L'homme peut supporter bien des choses quand il le faut... ».

 

Jakob Hollmann in « Das Landwehr Infanterie Regiment 111 im Weltkrieg 1914 bis 1918 » von Hugo Huber Leutnant d.L.1 1937 Buchdruckerei Ernst Stiess Karlsruhe .

Le dilemme d'une alsacienne 

 

L'historique du Landwehr Infanterie Regiment 111 contient un témoignage de Jakob Hollmann, un soldat arrivant en renfort pendant l'année 1916. J'ai publié un extrait concernant la vie quotidienne sur le front. Le début de ce témoignage débute avec l'arrivée des renforts à Ferrette :

 

« Nous sommes à Ferrette et nous nous présentons à l'état major du régiment. Après quelques instants on nous annonce « Venez prendre un café ». Je me dis : « la guerre commence bien ».

 

Avec un camarade, je suis affecté dans mon quartier chez de pauvres gens. Nous avons un bon et large lit français (Franzosenbett). La femme est très intimidée. Je donne à son enfant une tablette de chocolat. La femme devient alors plus communicative et raconte que son mari combat en Russie et qu'elle se fait beaucoup de soucis à son sujet. Oui, j'en apprends encore plus. Son frère serait parti rejoindre l'autre camp dès le premier jour. De ce fait, son mari est chez les « Allemands » et son frère chez les Français. J'ai tout de suite été surpris de l'entendre parler des « Allemands ». Elle n'a pas dit « chez les nôtres ». On remarquait que cette femme se considérait être entre les deux. Elle ne choisissait aucun des deux camps. Ce qui lui générait une déchirure intérieure. Si son mari venait à se faire tuer, il tomberait pour les « Allemands », si son frère venait à se faire tuer, il tomberait pour les autres.

 

« Que se passera-t-il pour mon frère quand la guerre sera finie et qu'il revient chez lui ? »

 

« Il sera immédiatement fusillé »

 

La femme pleure. Le petit minois à moitié français me fait une de ces têtes, à croire que l'enfant veut me jeter le chocolat à la figure. La femme me fit de la peine et je lui dis en essayant d'être positif : « Votre frère ne reviendra naturellement pas car il restera de l'autre côté. »

 

Jakob Hollmann in « Das Landwehr Infanterie Regiment 111 im Weltkrieg 1914 bis 1918 » von Hugo Huber Leutnant d.L.1 1937 Buchdruckerei Ernst Stiess Karlsruhe .

 

Ce témoignage est tout à fait révélateur de l'état d'esprit des habitants du Sundgau de l'époque. Notre région a été prise dans une tourmente géopolitique basculant d'une sphère d'influence à l'autre.

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Les victimes de la galerie Killian de Carspach ont été inhumées le 19 juillet 2013 à 10 heures 30 au cimetière militaire allemand à Illfurth (68)

 

95 ans après leur mort, les 21 soldats allemands qui ont perdu la vie en 1918 dans la galerie Kilian près de la commune de Carspach (68) trouvent enfin une sépulture digne.

Le 18 mars 1918, les soldats ont été ensevelis dans leur abri suite à un tir d'artillerie français. A l'époque, les troupes allemandes n'avaient pas réussi à dégager les victimes. On a cependant toujours connu l'identité des morts. Pendant des décennies une stèle en pierre érigée sur le lieu de leur mort rappelait leur sort. Ce n'est qu'en 2011 que les archéologues français ont dégagé le souterrain suite à des travaux de terrassement pour la construction d'une route. Leur travail de recherche sur les ossements et sur les nombreux objets de la vie quotidienne des soldats mis à jour a sucité de l'intérêt tant en France qu'en Allemagne.

Près de 2000 soldats allemands de la Première Guerre Mondiale sont inhumés à Illfurth. C'est en 1920 que les autorités militaires françaises ont aménagé le cimetière, et jusqu'en 1924 elles ont transféré les dépouilles de soldats et prisonniers de guerre allemands de plus de 60 localités vers Illfurth. Parmi ceux-ci se trouvaient également le premier mort allemand de ce conflit, le Lieutenant Albert MAYER. Il tomba le 2 août 1914 pendant une patrouille à cheval à Joncherey (90). Lors de ce combat fut également tué le Caporal Jules-André PEUGEOT qui est le premier militaire français tué au combat.

Vers les années 20 et 30, le Volksbund s'était d'abord engagé provisoirement à entretenir le cimetière. Suite au traité sur les sépultures de guerre en 1966, il prit en charge la totalité de l'entretien. En France, l'association reconnue d'utilité publique entretient et conserve 192 cimetière de la Première Guerre Mondiale avec plus de 750 000 morts.

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